La reprise dans la zone euro pourrait-elle être plus vigoureuse que prévu?par Richard Kelly, économiste principal, Groupe Financier Banque TD
Lorsque l’économie mondiale a amorcé son redressement, les analystes estimaient en général que la relance semblait moins prometteuse dans la zone euro. Nos propres prévisions faisaient état d’une reprise timide dans cette région pour 2010. Avons-nous tous manqué de vision? Au départ, des perspectives sombresLe fait que la Banque centrale européenne (BCE) a été plus lente que les autres banques centrales à intervenir pour relancer l’économie a alimenté la morosité des prévisions. De plus, les gouvernements de la zone euro ont adopté des plans de relance moins importants et moins coordonnés que ceux des États-Unis, par exemple. En outre, les banques européennes, qui avaient octroyé beaucoup de prêts aux pays de l’Europe de l’Est, allaient connaitre des difficultés proportionnelles aux problèmes économiques prévus pour ces pays. Et en plus de ces facteurs, on se disait que le marché européen de l’emploi prend habituellement plus de temps à rebondir au sortir d’une récession. Un redressement graduelÀ bien des égards, cependant, ces facteurs de risque ont diminué au cours des derniers mois. À tel point que dans nos prévisions économiques trimestrielles de juin, nous avons révisé à la hausse notre pronostic pour l’économie de la zone euro en 2010. Nous tablons maintenant sur une croissance annualisée de 1,2 %, soit un taux plus de deux fois supérieur au consensus actuel. Les risques en provenance de l’Europe de l’Est ont été réduits lorsqu’on a appris qu’une importante partie de la dette avait été renégociée et reconduite avec succès. La BCE, qui a sans l’ombre d’un doute tardé à réagir au ralentissement, a fini par adopter elle aussi des mesures pour stimuler l’économie. À la fin juin, elle avait consenti à plus de 1 000 banques des prêts d’un an, au taux de 1,00 %, totalisant 442 milliards d’euros. Une grande partie de cet argent a par la suite été redéposée et conservée en encaisse, mais cela a tout de même permis d’injecter dans le système des liquidités fort attendues. Rebond ou repriseVu la remontée de l’indice du climat économique publié par la Commission européenne, il nous semble opportun de poser la question suivante : la zone euro est-elle sur le point de connaître un rebond important? Il est toutefois impératif de ne pas confondre « rebond » et « reprise ». La route vers la reprise sera longue : il faudra du temps avant que l’activité manufacturière remonte aux niveaux précédant la récession, que les travailleurs mis à pied soient rembauchés et que les entreprises recommencent à investir. Le rebond, lui, provoquera un sursaut de courte durée au troisième ou au quatrième trimestre et sera sans doute principalement attribuable au cycle des stocks. Le net repli de l’activité économique européenne, tout comme celui à l’échelle mondiale, a été exacerbé par les profondes incertitudes quant à l’avenir. Les entreprises ont diminué leurs opérations plus que d’habitude, et dans bien des cas, les stocks ont été réduits au strict minimum. Et malgré tout, les économies européenne et mondiale ont pu éviter le pire. Par conséquent, l’optimisme gagne à nouveau les entreprises, et étant donné le faible niveau des stocks, la production devrait s’accélérer. Quelle pourrait donc être l’ampleur de ce rebond? La corrélation entre la confiance à l’égard de l’économie et la production industrielle montre que cette dernière (mesurée en fonction d’une variation en pourcentage sur trois mois) pourrait sans doute enregistrer son meilleur rythme d’expansion depuis que les données ont commencé à être enregistrées en 1990. Il faudra suivre l’évolution des données au cours des prochains mois pour déterminer si la tendance se maintiendra, mais le PIB pourrait afficher une croissance annualisée de 4 % à 5 % au troisième ou au quatrième trimestre de 2009. La table serait ainsi mise pour une expansion économique se rapprochant davantage du taux de 1,2 % que nous prévoyons pour 2010, que du taux de moins de 0,5 % qu’entrevoient les analystes. Quelle sera la réaction de la BCE?Un rebond important indiquerait également qu’il y a peu de chances que la BCE prenne d’autres mesures pour stimuler l’économie. En fait, un haut volume de production industrielle va habituellement de pair avec des taux d’intérêt élevés, et non faibles. À notre avis, la BCE examinera ce rebond initial et l’ampleur de la reprise en 2010 avant de majorer ses taux. En revanche, il est permis de croire que la BCE est la grande banque centrale la plus réticente à maintenir son taux directeur à un creux historique. Il est donc aussi possible que la BCE commence à augmenter les taux dès le premier trimestre de 2010, selon le degré de durabilité de la reprise à la fin de 2009. Nous tiendrons également compte des statistiques mensuelles sur les prêts bancaires des Institutions financières monétaires (IFM), qui sont un bon indicateur des mesures prises par la BCE. Quelles que soient les orientations de la BCE, le niveau des taux d’intérêt contribuera à l’expansion économique de la zone euro. Dans le nouveau paradigme des mesures que prennent les banques centrales, il est admis en quelque sorte par les dirigeants de la BCE que les taux d’intérêt peuvent et doivent être utilisés pour éviter les bulles financières. Par conséquent, les taux d’intérêt pourraient augmenter plus tôt que plus tard en 2010.
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