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L’économie canadienne : une reprise graduelle

Un ouvrier de l’industrie automobile travaille sur une chaîne de montage.

Dorénavant, le secteur automobile ne représentera que 3 % de l’économie de l’Ontario.

À l’heure où l’économie canadienne montre des signes de vigueur, nous avons demandé à Craig Alexander, premier vice-président et économiste en chef adjoint du Groupe Financier Banque TD, de nous livrer son point de vue à l’égard de la reprise.

La Banque du Canada a annoncé la fin de la récession. Est-ce bien le cas?

Il ne fait aucun doute que la contraction économique tire à sa fin et que l’économie canadienne pourrait bien avoir progressé au troisième trimestre de 2009.

À quoi ressemblera la reprise?

Nous prévoyons encore une reprise lente et graduelle, ponctuée de statistiques économiques contradictoires dans le court terme. En effet, bien des Canadiens ne voient aucune amélioration de leur sort. Comme le taux de chômage plafonne habituellement environ six mois après le début de l’expansion économique, la situation de l’emploi pourrait encore en tracasser plus d’un dans les mois à venir.

La création d’emplois augmentera en 2010. Mais comme de nombreux chômeurs retourneront sur le marché du travail à la recherche d’un emploi, le taux de chômage ne chutera pas.

Puisque la reprise sera relativement graduelle, l’inflation n’est pas préoccupante selon nous. La Banque du Canada n’aura donc probablement pas besoin de relever les taux d’intérêt avant au moins le milieu de l’an prochain, et les hausses subséquentes se feront progressivement au fil du temps.

Quelles sont les perspectives des fabricants canadiens?

Pour les exportateurs, les conditions vont s’améliorer lentement mais sûrement. La vigueur du dollar canadien fait en sorte que les biens à l’exportation coûtent plus chers – particulièrement aux États-Unis. Et les dépenses des consommateurs américains ne rebondiront pas autant qu’elles ont pu le faire lors des dernières récessions, ce qui nuira également aux exportateurs canadiens.

Vous avez parlé de la vigueur de notre dollar. Pouvez-vous nous en dire plus sur sa relation avec le dollar américain?

L’un des thèmes dominants à surveiller au cours de la prochaine décennie est celui de l’érosion du dollar américain. À notre avis, le taux de change devrait être plus élevé à court terme que ce que prévoit la Banque du Canada. Selon les hypothèses de la banque centrale, le dollar vaudra en moyenne 0,87 $US l’an prochain, alors que les Services économiques TD s’attendent plutôt à ce qu’il oscille près des 0,95 $US.

Les entreprises canadiennes sauront s’ajuster à un dollar fort. Pour elles, ce n’est pas tant une variation à long terme de la valeur de notre dollar qui pose problème qu’une variation trop soudaine, car elle rend la planification difficile pour les entreprises.

Quelles sont les prévisions pour les produits de base?

La faiblesse du billet vert donne un coup de pouce aux producteurs, les prix des produits de base étant fixés en dollars américains. Or, les prix de bon nombre de produits de base ont déjà considérablement grimpé. C’est notamment le cas du pétrole et des métaux de base. Cette remontée tient compte de la demande future, mais ne s’est pas répercutée sur la demande réelle. Nous pensons que les prix des produits de base poursuivront leur ascension, mais ­celle-ci ne sera pas aussi forte que ce qu’on a vu récemment.

Le marché de l’habitation a relativement bien résisté. Est-ce que cette tendance se poursuivra?

Le marché de l’habitation au Canada a fait preuve d’une vigueur étonnante le printemps dernier, grâce à la hausse des ventes et des prix. Mais la poussée des prix pourrait être prématurée. Les acheteurs font leur entrée sur le marché au moment où les taux d’intérêt sont bas, et à l’approche de 2010, le prix des maisons va sans doute grimper d’environ 5 %.

La récente récession amènera-t-elle des changements structurels à long terme?

Selon moi, aucun changement fondamental profond n’a eu lieu. L’économie cana­dienne a davantage été touchée par des chocs externes que par des événements internes. Contrairement aux États-Unis et aux pays européens comme le Royaume-Uni, le Canada n’a pas eu à faire face à de graves problèmes structurels.

Le seul secteur qui a subi des changements fondamentaux est celui de l’automobile. Avant la récession, il représentait environ 5 % de l’économie de l’Ontario; dorénavant, il ne comptera que pour 3 % de celle-ci.

Le secteur de la consommation canadienne pourrait également être confronté à un changement structurel. Le taux d’épargne des ménages augmente; sa faiblesse ne pouvait durer. Les Canadiens ne peuvent tout simplement pas continuer de s’endetter comme ils l’ont fait par le passé; la tendance sera donc encore à l’épargne.

Et qu’en est-il de l’économie mondiale? Un changement fondamental s’opérera-t-il?

L’une des leçons retenues de cette récession est que la mondialisation a rendu l’économie mondiale encore plus synchrone et liée que nous l’avions imaginé. Avant toute cette crise, l’émergence de la Chine, de l’Inde et d’autres pays en développement constituait un autre thème dominant. Ces pays ont bien résisté au bouleversement économique et s’avèrent de véritables puissances : à preuve, la Chine et l’Inde auront une plus grande influence, et des pays tels que le Brésil gagnent en importance.

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