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Perspectives de placement

Le vent tourne

par Craig Alexander, premier vice-président et économiste en chef adjoint, Groupe Financier Banque TD

Dans un magasin, un homme regarde les vestes de cuir.

Le regain de confiance des consommateurs et des entreprises devrait également se traduire par une plus grande volonté de dépenser et d’investir.

Comme les choses peuvent changer en une année! En septembre 2008, à la suite de la faillite de Lehman Brothers et du sauvetage d’AIG, le système financier mondial était en proie à des difficultés très graves. Tant sur les marchés financiers que chez les particuliers et les dirigeants d’entreprise, la peur régnait – ce qui n’a rien d’étonnant, car on établissait sans cesse des comparaisons avec la terrible crise des années 1930.

Au cours des mois qui suivirent, les problèmes du système financier contaminèrent l’économie réelle quasi instantanément, provoquant un ralentissement économique marqué à la fin de 2008 et au début de 2009. Ils ont également fait ressortir l’extrême interdépendance des économies mondiales : depuis les années 1930, jamais une récession n’avait frappé le monde de façon aussi synchronisée.

Les mesures prises

L’économie a été très perturbée, mais les scénarios catastrophes ne se sont pas réalisés. Les décideurs ont réagi rapidement : diminution radicale des taux d’intérêt, programmes massifs et coordonnés de relance économique, et application de mesures créatives visant à stabiliser le système financier mondial.

Cela ne s’est pas fait sans heurts, mais la recette a fonctionné. En mars 2009, la morosité ambiante était déjà en train de s’estomper. On passa d'un climat de peur au constat qu’il s’agissait « seulement » d’un ralentissement marqué de l’activité économique. Ce qu'on avait désigné comme la « Seconde Grande Dépression » devint plutôt la « Grande récession » de 2009.

Puis, au milieu de l’année, apparurent les premiers signes permettant de croire que le pire était passé. Bien qu’encore mauvaises, les nouvelles étaient moins négatives et l’état de santé du système financier s’améliorait grandement.

Les premiers signes d’une reprise

Lorsqu’on publia les statistiques économiques du deuxième trimestre, il était devenu évident que l’économie asiatique avait fortement rebondi et que le vent tournait également dans d’autres régions. Ainsi, au cours de la période d’avril à juin, les économies allemande et française recommencèrent à croître.

En Amérique du Nord aussi, les données étaient encourageantes. Le rythme de la contraction diminuait et tout semblait annoncer un retour à la croissance au Canada et aux États-Unis dès le troisième trimestre. La terrible récession mondiale synchronisée devint bientôt une reprise mondiale synchronisée. La résignation à la récession fit place à un optimisme devant un avenir meilleur.

Nous surveillons la reprise de près

On se demande maintenant quelle forme prendra la reprise; à cet égard, les perspectives économiques sont en demi-teinte. Pour notre part, nous croyons que la reprise est véritable et que les craintes d’une rechute de l’économie ne sont pas fondées.

Dans la plupart des pays du monde, les entreprises ont ramené leurs stocks à des niveaux remarquablement bas pendant la récession, ce qui signifie que même un modeste regain de la demande entraînera une forte augmentation de la production. Le marché immobilier, considéré comme l’épicentre des problèmes financiers aux États-Unis et au Royaume-Uni, se stabilise – et compte tenu de son atonie actuelle, toute amélioration, même légère, donnerait tout un coup de pouce à la croissance économique.

Les mesures budgétaires déjà prévues pour relancer l’économie contribueront à la croissance économique au cours des prochains trimestres, tandis que le niveau exceptionnellement faible des taux d’intérêt continuera d’appuyer sur l’accélérateur.

À court terme, le chômage devrait continuer d’augmenter, ce qui est normal pour cet indicateur retardé. Une partie de cette hausse s’explique par le retour sur le marché du travail de nombreux travailleurs, ce qui est en fait un facteur positif. Le regain de confiance des consommateurs et des entreprises devrait également se traduire par une plus grande volonté de dépenser et d’investir. C’est ainsi que les reprises se sont amorcées jusqu’ici, et l’on s’attend à un scénario semblable une fois de plus.

La reprise sera lente

En revanche, par rapport aux reprises précédentes, le rebond sera probablement plus progressif cette fois-ci. Aux États-Unis, le système financier se rétablit peu à peu, mais sa convalescence sera longue. Il y aura encore d’autres pertes sur prêts, car on s’attend à une hausse du nombre de saisies immobilières, tandis que les prix des maisons devraient reculer encore (d’environ 5 %), ce qui augmentera le nombre de maisons ayant une valeur nette négative. Quant au secteur immobilier commercial, il devrait continuer de se replier.

La probabilité que le système financier subisse un autre choc systémique est faible, mais il faudra du temps pour réparer les dégâts causés par la crise du crédit et par la récession. En outre, le désendettement du système financier mondial n’est pas terminé et la titrisation des créances ne regagnera pas son niveau d’avant la crise. La croissance du crédit devrait s’améliorer, mais de façon graduelle.

Comme la richesse des ménages a fondu, on devrait observer une tendance accrue à l’épargne, de même qu’une diminution de la consommation durant la reprise. Étant donné le caractère progressif de la reprise, le chômage mettra du temps à se résorber et la croissance des revenus des particuliers demeurera modeste. Il semble donc exclu que le consommateur se remette à dépenser frénétiquement.

À quoi s’attendre chez nos voisins du sud

Ce qu’il faut retenir, c’est que l’économie américaine devrait enregistrer un taux de croissance annualisé de 4 % au troisième trimestre de 2009, qui fléchira ensuite pour s’établir en moyenne à 2,4 % en 2010, avant de remonter à 3,3 % en 2011. Cette croissance sera plutôt timide lorsqu’on la compare aux rebonds spectaculaires qui ont suivi les récessions du début des années 1970 et du début des années 1980.

Combinée à l’amélioration très graduelle de l’accès au crédit, cette accélération économique modeste fait en sorte que l’inflation ne devrait pas poser problème au cours de l’année à venir. La Réserve fédérale devrait donc être en mesure de laisser les taux inchangés jusqu’au début de 2011. Sur le plan financier, l’importance des déficits accumulés et l’accroissement de la dette constituent un problème épineux – auquel on ne pourra pas s’attaquer, toutefois, tant que l’économie américaine demeurera fragile.

Compte tenu de tout ce qui précède, un nouveau repli du dollar américain est à prévoir.

En Asie et en Europe

Outre-mer, la reprise en Asie semble forte, mais son rythme devrait être plus modéré après le premier trimestre de 2010.

En Europe, le retour à la croissance devrait s’étendre à l’ensemble de la région; nous estimons que l’économie croîtra de l’ordre de 2,2 % à 2,5 % au cours des deux prochaines années.

Et chez nous…

De même que l’économie canadienne n’a pas été épargnée par la récession mondiale, elle est maintenant entraînée dans le sillage de la reprise mondiale, avec une croissance prévue du PIB réel de 2,5 % en 2010 et de 3,1 % en 2011. L’économie intérieure se renforcera. Les exportations récupèreront également, mais elles se heurteront à une nouvelle appréciation du dollar canadien, qui pourrait bien atteindre la parité avant de commencer à redescendre.

À court terme, la réduction des stocks ralentira la croissance économique. Compte tenu de la lenteur relative de l’expansion économique, il faudra un certain temps pour combler l’écart de production et pour que le taux de chômage diminue au pays.

Ces tendances, conjuguées au fait que l’inflation de base constitue un indicateur retardé, nous portent à croire que la Banque du Canada n’interviendra pas avant le dernier trimestre de 2010, pour ensuite resserrer sa politique monétaire au cours de 2011 – mais de façon très graduelle.

En conclusion, le vent a bel et bien tourné. Cependant, ce n’est que progressivement qu’on sentira les effets de ce changement.

Points saillants
  • Les Services économiques TD majorent d’un point de pourcentage leur prévision du taux de croissance de l’économie mondiale pour 2010, la portant à 3,8 %.
  • Sous l’effet de la reconstitution des stocks et de la mise en œuvre des plans de relance monétaire et budgétaire, les États-Unis se dirigent vers la plus forte reprise suivant une récession depuis les années 1980.
  • Cela dit, la reprise demeure faible, car l’économie vient de connaître sa pire contraction depuis la Grande Dépression.
  • Le PIB réel américain devrait afficher une croissance de 3,5 % en 2010.
  • La croissance du PIB réel canadien en 2010 devrait atteindre 2,5 %.
  • La demande intérieure canadienne sera plus forte que celle du marché intérieur américain, car notre économie se heurte à moins de contraintes liées à la réduction de la richesse et à l’accès restreint au crédit.

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